On voit beaucoup de kits de type Strat ou Tele en ligne, mais s’attaquer à une sept cordes, c’est une autre paire de manches. On ne parle pas juste d’une « corde de plus », mais d’une augmentation de la tension sur le manche d’environ $+15\%$. Est-ce qu’un kit à 200 $ peut encaisser ça ?
Voici le compte-rendu de ce build « musclé » sur une base de type RG, gracieuseté de Vibeworks Guitars

1. Inspection et Préparation du Manche
Le kit arrive avec un corps en aulne (alder) et un manche en érable avec touche palissandre. Le manche présente un léger backbow naturel, ce qui est idéal : la tension des cordes viendra le compenser pour le rendre droit.
- Travail des frettes : Utilisation d’un fret rocker pour identifier les frettes hautes. Il y en a vraiment peu, et quelques-une reprennent leur place après être pressées au serre-joint de bois. Pour les autres, au lieu d’une lime plate, j’ai utilisé uniquement une lime à couronner (crowning file) pour préserver la matière.
- Polissage : Masquage complet de la touche. Utilisation d’un bloc à poncer maison (fabriqué dans une gomme à effacer rainurée) pour épouser la forme des frettes. Passage du grain 600 jusqu’au 2000.
- Confort : Arrondissage des bords de frettes avec une lime de quincaillerie modifiée (un bord lisse, un bord tranchant).
2. Finition : Scarlet Red & Black Burst
L’aulne est un bois à grain fermé, donc pas besoin de bouche-pore (grain filler), mais il faut être méticuleux.
- Relever le grain : Étape cruciale avec les teintures à l’eau. On mouille le bois pour faire gonfler les fibres, on laisse sécher, puis on ponce au 320. Cela révèle aussi les traces de colle invisibles à l’œil nu.
- La Teinture : Rouge écarlate dilué à 50/50 au centre, puis noir sur les tranches pour créer un effet burst. L’avantage de l’eau est qu’on peut réactiver la teinte pour parfaire le dégradé même après séchage.
- Le Vernis (Wipe-on Poly) : Mélange de polyuréthane et de solvant minéral pour une application au chiffon.
- Total : 10 couches fines.
- Technique : Ponçage à l’eau dès la 6ème couche avec une goutte de savon à vaisselle pour éviter d’encrasser le papier.
3. Électronique et Blindage « Maison »
Pour limiter le souffle (surtout sur une guitare destinée au métal), le blindage est essentiel.
- Peinture conductrice DIY : Mélange de poudre de graphite, de peinture acrylique et d’eau distillée. Deux couches permettent d’obtenir une résistance d’au plus 300 ohms, ce qui est excellent pour bloquer les interférences.
- Câblage : Simple et efficace. Un volume, un sélecteur 3 positions. Toutes les masses sont regroupées sur le dos du potentiomètre.
4. L’Assemblage et le « Setup » Critique
C’est ici que la précision du kit Vibeworks brille : les perçages sont parfaitement alignés.
- Stabilisation : Application de colle CA (cyanoacrylate) fluide dans les trous des pivots du Floyd Rose et des boutons de sangle pour durcir les fibres de l’aulne (bois dur mais quand même) et éviter que les pièces ne bougent sous la tension.
- Le Floyd Rose : Sur une 7 cordes, il a fallu installer 4 ressorts pour équilibrer la tension massive des cordes.
- Le Neck Shim : Les contours de micros étant un peu hauts, j’ai ajouté une cale (shim) en papier sablé dans la cavité du manche pour modifier l’angle de renversement. Cela permet de baisser l’action sans que les cordes ne touchent les micros.
Verdict : Le meilleur kit à ce jour ?
Le ratio qualité-prix est impressionnant. Le manche est stable, l’alignement est exemplaire et la guitare est très confortable malgré la largeur du manche. Avec un peu de travail, on obtient un instrument sérieux qui ne demande qu’à hurler.