Peint une guitare qui fera tourner les têtes!

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Dans la dernière vidéo, je vous avais montré le prochain kit que j’allais bâtir, et on avait réglé une petite bosse qu’il y avait sur le manche. Aujourd’hui, la guitare est prête pour la finition. Et croyez-moi, on ne parle pas ici d’une simple couche de peinture.

Pour cette guitare, j’ai décidé de ne pas y aller de main morte avec un fini garanti de faire tourner les têtes. Pas besoin d’avoir un atelier pro ou un diplôme en art pour mettre votre signature sur un projet de guitare : je vous montre ça aujourd’hui, étape par étape.

Préparer la surface : coller la texture avant la couleur

Le manche est déjà collé, le corps est sablé, et la finition des côtés et de l’arrière est faite. Il restait le dessus à préparer, avec un scellant déjà appliqué. J’utilise donc une mastic (prestix) à base de rétha pour venir coller sur le scellant sablé.

Pour l’appliquer, j’ai utilisé un rouleau à tapisserie en caoutchouc, plus rigide qu’un rouleau standard. On y voit une belle accumulation de peinture, et c’est exactement ce qu’on veut. Normalement, en finition, on cherche à éviter la texture pour avoir un fini le plus lisse possible. Ici, c’est l’inverse : c’est justement la texture que je recherche.

J’étire mon rouleau presque sec, en lignes perpendiculaires, sans chercher une couverture à 100 %. Ce n’est pas le but. L’objectif, c’est vraiment d’aller chercher un empilement de texture, et éventuellement de couleur, pour cette finition-là.

Je ne me suis pas masqué pour cette étape. Comme j’avais déjà fait le contour avec un polyuréthane à base d’huile, je me suis dit que j’aurais le temps d’essuyer les débordements rapidement, la peinture acrylique n’adhérant pas facilement sur le polyuréthane à base d’huile. J’ai travaillé un peu comme un avion au décollage, en essayant de couvrir toute la surface sans nécessairement viser 100 % de couverture. Cette texture, c’est elle qui va garantir l’adhésion de la peinture acrylique par la suite.

Les premières couches de couleur : turquoise, bleu roi et noir

Pour la couleur, je m’installe un papier sulfurisé (un papier parchemin) qui me permet d’étaler la peinture au maximum sur le rouleau. J’ai utilisé un acrylique de marque PBO, couleur bleu turquoise, pour cette première couche. L’idée générale, c’est de commencer par les couleurs les plus claires et d’aller de plus en plus foncé.

Je mets vraiment très peu de peinture sur le rouleau, juste assez pour bien l’étaler et éviter qu’il devienne sec. L’application se fait de la même façon que pour l’apprêt : la peinture va adhérer à certains endroits, pas à d’autres. C’est un vrai travail de moine, mais c’est en superposant les couches de couleur et de texture qu’on obtient l’effet grunge recherché pour le fond de la guitare.

Une fois la base turquoise posée, elle continuera à transparaître légèrement à travers les couches suivantes. La deuxième couleur, c’est un bleu roi bien pétant, royal, qui devient la couleur principale. J’ai remarqué que plus une couleur est foncée, moins il en faut : j’ai donc bien étiré cet acrylique-là (un produit du magasin à un dollar, plus liquide que le PBO), et l’effet est rapidement devenu plus drastique. J’ai laissé sécher complètement avant d’appliquer une deuxième couche de bleu roi, pour bien empiler l’effet.

Vient ensuite le noir. Là, il faut vraiment bien essuyer le rouleau et se servir seulement de son poids pour ajouter une texture additionnelle et de petits points foncés, sans en abuser. Il serait très facile de gâcher le résultat en mettant trop de noir. Ça ajoute un côté un peu sombre et détérioré, que je viendrai renforcer plus tard autour du symbole. À ce stade, le fond était prêt, avec une couleur et une texture assez proches de ce que je recherchais. Il ne manquait qu’un peu de noir pour marier le tout avec le contour.

Le pochoir : un symbole patriotique pour la Saint-Jean

C’est là que le patriotisme a frappé. On était en période de la fête nationale, la Saint-Jean au Québec. Je n’ai pas l’habitude d’être très partisan de ces choses-là, mais le moment était d’actualité et ça m’a inspiré : j’ai voulu faire un pochoir en forme de fleur de lys.

J’ai imprimé le motif à l’ordinateur ; comme il était trop grand pour une seule feuille, je l’ai réparti sur deux feuilles avant de découper le contour à l’exacto. Ça m’a permis d’obtenir une forme précise, appliquée de la même façon que pour les couleurs précédentes, mais cette fois en blanc.

Je me suis même demandé, sur le coup, si je ne devrais pas plutôt peindre la fleur de lys à main levée. Au final, je suis bien content d’avoir pris le temps de faire ce pochoir : il m’a donné une forme bien nette. J’aurais peut-être dû le transférer sur un carton plus rigide, plutôt que de me risquer avec du simple papier, parce que le rouleau a tendance à agripper le pochoir et à faire remonter les parties les plus minces avec la peinture.

Je me suis quand même risqué à le positionner à l’œil, même un peu croche, avec le même acrylique blanc. Je n’ai pas laissé sécher le bleu avant d’appliquer le blanc par-dessus, donc les couleurs se sont un peu mélangées — mais ce n’était pas grave, puisque j’ai appliqué au moins deux couches de blanc superposées. Le but n’était pas d’avoir 100 % de couverture, juste d’obtenir des contours nets pour le symbole.

Au retrait du pochoir, le résultat était vraiment celui que je voulais : la forme est nette, même si le mélange des couleurs a donné un blanc légèrement sale, ce qui correspond justement à l’effet recherché. Pour ajouter un peu de définition, je suis revenu avec du noir autour du symbole, délicatement, pour marier le tout sans que ça paraisse trop évident. J’en ai profité pour insister un peu plus sur le contour, question de diriger l’œil autour de la forme et d’adoucir la transition un peu trop franche entre le bleu et le noir sur le pourtour de la guitare.

Sceller et vernir : la technique du polyuréthane multicouche

Pour la finition claire, j’avais déjà appliqué un polyuréthane à base d’huile à l’arrière du manche, à l’arrière du corps et sur le contour, après une teinture opaque noire à ces endroits. Mais pour le dessus, comme je ne veux aucune teinte, j’y suis allé avec un polyuréthane à base d’eau — en fait, un fini à plancher lustré, bien mélangé pour éviter les sédiments, et appliqué au pinceau.

La première couche sert avant tout à sceller la peinture et à commencer à remplir la texture. On applique un peu comme un avion au décollage, en partant de l’intérieur du corps vers l’extérieur, en débordant volontairement sur les contours. Après cette première couche, tout paraît encore très texturé, mais l’important, c’est que la peinture soit scellée.

Une fois cette couche bien sèche, on peut y aller un peu plus proprement, idéalement avec un pinceau en mousse. La technique à respecter reste la même : toujours partir de l’intérieur vers l’extérieur, en débordant sur les contours, avec le bon angle et presque aucune pression sur le pinceau — juste son propre poids. Appuyer trop crée des bulles.

Le secret, c’est la rapidité d’exécution sans précipitation dans les mouvements : on se déplace lentement, mais en peu de gestes, deux passages maximum au même endroit. On dispose d’environ 10 secondes avant que le fini commence à figer, alors mieux vaut agir vite plutôt que de revenir sans cesse sur la même zone, ce qui incorpore de l’air et crée des bulles.

Après trois couches, la texture du rouleau est toujours bien présente. C’est à ce moment que je me permets un léger sablage avec un papier grain fin, non pas pour aplanir, mais surtout pour donner de la grippe au polyuréthane afin qu’il adhère bien à la couche précédente — contrairement à une laque, il ne fond pas avec la couche du dessous.

Couche après couche (autour de la cinquième ou sixième), la texture du rouleau se transforme progressivement en une texture de peau d’orange, puis finit par se remplir presque complètement pour laisser place à de simples traits de pinceau, qui deviennent en réalité des superpositions de peinture. Les petites bulles qui apparaissent pendant que le fini est encore liquide peuvent être crevées avec un pinceau sec.

Après une douzaine de couches, ce n’est pas encore lisse, mais la texture est suffisamment remplie et l’épaisseur de fini est là. C’est exactement pour cette raison qu’on répète souvent qu’un fini au pistolet donne un tout autre résultat qu’un fini au pinceau : sans être équipé pour projeter la peinture, on ne peut pas viser le même niveau de finition dès le départ. Il reste des coups de pinceau visibles, mais l’objectif à cette étape, c’était de bâtir suffisamment de matière. On s’occupera du reste plus tard.

Prochaine étape : un mois de séchage avant le polissage

Je vais laisser durcir cette guitare pendant au moins un mois avant de faire un sablage final pour niveler le fini, puis sabler de plus en plus fin jusqu’au grain 2000, et enfin polir le tout pour obtenir un fini lisse et miroir.

Dites-moi en commentaire ce que vous en pensez, et surtout, ce qu’il reste à faire selon vous sur cette guitare pour la rendre vraiment exceptionnelle. En attendant, bidouillez sur vos guitares, jouez sur vos guitares, faites des projets artistiques et créatifs qui vous ressemblent!

On se revoit très bientôt dans une prochaine vidéo!

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